04 sep.
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Psychologies : Trouvez-vous les parents trop passifs dans l’éducation de leurs enfants
Anne-Catherine Pernot-Masson : Jamais les parents n’ont été aussi impliqués qu’aujourd’hui. Mais le vrai problème est qu’ils sont noyés dans une multiplicité de conseils éducatifs souvent contradictoires. Du coup, ils ont du mal à choisir une ligne de conduite stable et cohérente. Sans compter qu’ils sont seuls face à des objectifs inaccessibles : réussir leur vie de couple, de famille, et assurer le bonheur de leurs enfants.
Résultat : parents et enfants subissent une pression énorme. Et ce n’est pas la vulgarisation de la psy, très normative, que l’on trouve dans les livres et les médias qui leur facilite la tâche. Les recettes qu’ils essaient d’appliquer n’étant pas forcément en phase avec leurs croyances et leurs valeurs personnelles, ces « solutions » ne fonctionnent qu’un temps.
Résultat : les parents en changent, les enfants perdent leurs repères, et les parents leur confiance en eux… Aujourd’hui, l’éducation se fait sur mesure : l’individualité de l’enfant est mieux respectée, mais cette grande liberté est anxiogène pour les parents. Mon but est de les aider, de les soutenir dans leurs choix à partir de leur bilan.
Concrètement, comment fait-on son bilan de parent ?
- En se posant beaucoup de questions ! D’ailleurs, pour guider les parents, j’en propose une liste à la fin de chaque chapitre de mon livre.
L’objectif : les aider à mieux cerner leurs valeurs, leurs attentes, mais aussi leurs zones de dysfonctionnement. Ainsi, quand je leur demande : « Les enfants obéissent-ils comme vous le souhaitez, après un temps qui vous paraît raisonnable, en rapport avec leur âge ? », il s’agit en fait de les inviter à réfléchir au fossé qui sépare le souhait de la réalité, mais aussi à mesurer le réalisme ou l’irréalisme de l’attente parentale. Que ce soit sur l’autorité, l’intimité, la coparentalité, la crise d’adolescence, etc., préoccupations majeures chez tous les parents, il est toujours bon de se rappeler les bases. Par exemple que l’autorité n’est pas l’application d’une sanction, mais qu’elle cherche à faire appliquer la règle et rappelle l’interdit. Ensuite, je propose plusieurs pistes de réflexion et différentes options éducatives, dont certaines trouvées par les parents eux-mêmes, en tenant compte de leurs avantages et de leurs inconvénients. Ils peuvent alors mettre en place des solutions qui leur correspondent vraiment, plus cohérentes et plus durables.
Doit-on faire un bilan régulièrement ?
- Mon objectif par ce bilan est d’amener les parents à retrouver une créativité perdue. Il n’y a pas un mode d’emploi strict, on peut donc faire son bilan quand on en ressent le besoin, quand on sent que dans le fonctionnement familial, quelque chose est bloqué. Seul ou à deux, cela dépend du fonctionnement du couple. Ce point, justement, peut amener à s’interroger sur l’« équipe éducative » que forment ou non les parents.
Quels sont les principaux motifs qui amènent les familles à venir vous consulter ?
- Je voudrais d’abord préciser que ce livre ne peut pas remplacer une consultation chez un psy. Aucun livre ne peut remplacer une relation. Faire ses choix éducatifs, les assumer est une chose, mais aider le parent à sortir d’un blocage, ou soulager une souffrance, de l’enfant ou du parent, peut nécessiter l’intervention d’un psy. Ces solutions ne se trouvent surtout pas sur du papier !
Pour répondre à votre question, les parents consultent principalement pour des problèmes liés à l’autorité. Le phénomène est massif et date du début des années 2000, c’est très net. Les enseignants le constatent chaque jour, dans une classe de cours préparatoire, environ un quart des élèves n’obéissent pas ! Les raisons sont multiples, profondes et complexes. Mais j’ai quand même noté que pour beaucoup de familles où l’autorité pose problème, il y a un usage excessif et exclusif de la transmission verbale. Clairement, ces parents ont retenu de Françoise Dolto qu’« il faut parler à l’enfant ». Du coup, ils expliquent pendant des heures à leur enfant de 3 ans pourquoi il faut se laver les dents ! Et quand je leur conseille de poser des limites, ils se tournent vers l’enfant et lui disent : « Tu as entendu le docteur, hein ? »
psychologies.com

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