a situation s’est-elle profondément dégradée depuis 2003 ?

Tout dépend des régions mais d’une manière générale, la vie est devenue plus difficile pour les enfants en Irak. 69% des enfants étaient vaccinés à l’époque (diphtérie, coqueluche, tétanos), ils ne sont que 60% aujourd’hui. 83% allaient à l’école primaire : le taux d’assiduité est tombé à 53%. Aujourd’hui, 1 enfant sur 5 souffre de malnutrition chronique. 600 000 souffrent de malnutrition aiguë. La bonne nouvelle, c’est qu’on peut faire davantage en 2008 que durant les années précédentes : l’Unicef a renforcé ses partenariats avec des ONG très bien implantées, si bien qu’aujourd’hui aucun village n’est vraiment inaccessible. Pour apporter une réponse d’urgence, nous avons constitué un programme intégré, baptisé IMPACT. Nous réclamons près de 38 millions de dollars pour 2008. Mais pour le moment seulement 5 millions sont pourvus.

Pour des raisons de sécurité, le bureau central d’Unicef Irak travaille depuis Amman, en Jordanie. Comment peut-on être sûr que cet argent sera utilisé efficacement sur le terrain ?

L’Unicef a près d’une centaine de personnels irakiens déployés en Irak. Il y a 18 provinces en Irak. Pour ce programme IMPACT, nous avons passé un accord avec quatre ONG internationales : chacune s’occupe d’un nombre de trois à six provinces. Dans chaque province, avec notre personnel local, elles constituent des équipes multisectorielles : santé/nutrition, eau/assainissement, éducation, protection. Sur tout le pays, 120 000 ménages sont visés, soit 360 000 enfants : ce sont les plus vulnérables, pas forcément ceux des communautés déplacées. Nous faisons une évaluation avant et après la réponse apportée, qu’il s’agisse de vacciner une communauté où les taux d’immunisation sont faibles, ou de scolariser les enfants d’un village.

Comment peut-on agir dans un tel climat d’insécurité ?

Il est dur de se représenter les conditions de travail. Juste un exemple : au cours des récents combats à Bassora, toute la ville était paralysée . L’Unicef a apporté un secours décisif en offrant de l’eau à 4 000 ménages grâce à un partenaire équipé de camions citernes que nous avons joint par téléphone. Ce sont nos personnels locaux qui ont vérifié la bonne marche de l’opération en se glissant incognito parmi les bénéficiaires.

De quoi souffrent le plus les enfants d’après vous ?

Contrairement à d’autres crises, l’Unicef ne vient pas en Irak juste pour sauver des vies : je dirais que nous travaillons pour offrir un avenir aux enfants. Durant une semaine passée récemment à Bagdad, j’ai entendu tomber près de moi 30 ou 40 roquettes : imaginez la peur, le climat de violence, pour les enfants qui vivent cela au quotidien depuis plusieurs années. D’ailleurs, nous voulons agir de plus en plus en matière de protection : évaluer le recrutement d’enfants par les groupes armés, les violences à l’encontre des femmes, le nombre de mineurs en détention.

Luciano Calestini

http://www.unicef.fr