Elle essuie un refus de l'école publique : "ce n'est pas au programme".

Mais les établissements privés où sont scolarisés certains de ses enfants lui ouvrent leurs portes, et elle intervient devant des lycéens dont certains demandent "comment se passe la cérémonie du passage de la petite graine".

Devant la demande croissante des établissements, elle fait appel à des couples d'amis, puis fonde en 1966 l'association Sésame avec son mari.

En juillet 1973, une circulaire mettant l'éducation sexuelle au programme leur ouvre les portes de l'enseignement public, qui découvre avec le débat autour de l'avortement, finalement légalisé en 1975, puis l'émergence du Sida, le besoin d'information des élèves.

Pierre et Denise souhaitent "parler d'amour" : informer les jeunes sur les réalités physiques de la sexualité mais aussi sur ses dimensions relationnelles et affectives.

Pour cela, l'association développe sa méthode: les élèves posent des questions anonymes par écrit avant la séance. L'intervenant répond pendant une heure aux questions d'ordre anatomique, puis pendant une heure aux questions relationnelles.

En 40 ans, Denise a lu plusieurs centaines de milliers de ces questions, et rencontré plus de 50.000 jeunes.

"Les questions techniques ont radicalement changé, surtout ces dix dernières années avec l'apparition d'internet: les jeunes parlent beaucoup de fellation, de sodomie (...) alors que ces mots leur étaient inconnus autrefois", souligne-t-elle.

Par contre, "les questions d'ordre affectif sont toujours les mêmes: les jeunes cherchent toujours le grand amour, même si le nombre de divorces explose", note Denise Stagnara.

Après le décès de son mari en 1995, Denise cède peu à peu ses responsabilités au sein de Sésame mais continue d'intervenir dans des classes et de répondre aux nombreux courriers d'adolescents qu'elle reçoit tous les jours, tout en rédigeant un sixième livre.

"Le jour où un élève répondra dans les questionnaires que nous leur distribuons à la fin de chaque intervention qu'il me trouve trop vieille, j'arrêterai", sourit-elle.

afp