Ces images montrent Saddam Hussein, les mains attachées dans le dos, le visage découvert, que deux bourreaux encagoulés poussent vers une potence de métal avant de lui passer une corde autour du cou. Les images s'arrêtent et ne montrent pas la pendaison elle-même.

Ses dernières paroles, selon le juge Mounir Haddad, ont été: "J'espère que vous resterez unis et je vous mets en garde: ne faites pas confiance à la coalition iranienne, ces gens sont dangereux".

L'ancien président semblait viser la coalition à dominante chiite au pouvoir, que beaucoup de sunnites considèrent comme une émanation de l'influence de l'Iran.

Le Premier ministre Nouri al-Maliki, se félicitant de l'"exécution du criminel Saddam", lui a indirectement répondu en lançant un appel à la réconciliation, à l'intention des partisans de l'ancien régime dont "les mains ne sont pas tâchées de sang".

La TV d'Etat a annoncé par erreur que les deux co-accusés de Saddam Hussein, son demi-frère Barzan al-Tikriti, ancien chef des services de renseignement, et l'ancien président du tribunal révolutionnaire Awad al-Bandar, lui avaient succédé sur le gibet. En fait leur exécution a été reportée au dernier moment de quelques jours pour mettre mieux en valeur celle de Saddam Hussein, selon M. Roubaï.

Le corps "pourrait être remis à sa famille pour être enterré", a-t-il dit, rompant le mutisme officiel sur le sort de la dépouille.

La nouvelle de l'exécution a été accueillie par des tirs de joie à Najaf, ville sainte chiite du sud de l'Irak, selon un correspondant de l'AFP.

Mais elle l'a été dans une relative indifférence à Bagdad, où l'annonce de la mort de l'ex-dictateur n'a été saluée que par quelques tirs dans les quartiers majoritairement chiite.

La situation était normale samedi en fin de matinée dans les rues de la capitale, moins fréquentée que d'habitude en ce premier jour des célébrations de l'Aïd al-Adha, la fête musulmane du Sacrifice.

L'exécution "ne mettra pas fin à la violence en Irak, mais c'est une étape importante sur la route de l'Irak vers une démocratie qui peut se gouverner, être autosuffisante et se défendre, et être un allié dans la guerre contre le terrorisme", a déclaré le président américain dans un communiqué.

L'ancien président "a payé", a estimé le gouvernement britannique, tout en réaffirmant son opposition de principe à la peine de mort.

Le ministère français des Affaires étrangères a "pris acte" de l'exécution et a appelé les Irakiens à "regarder vers l'avenir et à travailler à la réconciliation et à l'unité nationale".

Human Rights Watch a condamné dans une déclaration la pendaison: "Saddam Hussein était responsable de terribles et nombreuses violations des droits de l'homme, mais ces actes, aussi brutaux soient-ils, ne peuvent justifier son exécution, une punition cruelle et inhumaine".

La nouvelle de l'exécution a également été reçue comme une "nouvelle tragique" au Vatican, opposé à la peine de mort, tout comme au Conseil de l'Europe qui estime que l'Irak a manqué une occasion "de rejoindre le monde civilisé".

Le ministère russe des Affaires étrangères a également regretté que les appels internationaux à la clémence n'aient pas été écoutés.

Saddam Hussein, qui a dirigé le pays d'une main de fer de 1979 jusqu'à la chute du régime en avril 2003, a été condamné à mort le 5 novembre pour le massacre de 148 villageois chiites de Doujaïl (au nord de Bagdad) tués en représailles après un attentat manqué contre le convoi présidentiel en 1982.

Son appel a été rejeté le 26 décembre.

Agé de 69 ans, Saddam Hussein avait été arrêté en décembre 2003. Sa mort met fin à toutes les poursuites qui avaient été engagées contre lui, en particulier le procès Anfal, où il était jugé pour génocide contre la population kurde et accusé d'être responsable de la mort de 180.000 personnes en 1987-1988.

Il était détenu depuis près de deux ans en un endroit tenu secret, sur une base militaire américaine à Bagdad.

Saddam Hussein avait été arrêté le 13 décembre 2003 près de son fief de Tikrit par des soldats américains alors qu'il se terrait au fond d'un trou.

Les images de l'homme longtemps le plus craint de l'Irak, l'air hagard, une barbe hirsute et en train de se faire examiner la bouche par un militaire américain, avaient fait le tour du monde.