L'envoi d'environ 20.000 soldats supplémentaires en Irak, que les médias américains donnaient mardi pour un fait acquis, devrait représenter l'élément essentiel du discours très attendu du président américain et qui catalyse déjà les critiques.

L'opposition démocrate, majoritaire au Congrès depuis janvier après les élections parlementaires du 7 novembre, a d'ores et déjà prévenu être opposée à une telle augmentation. Selon les nouveaux responsables du Congrès, une telle stratégie a déjà été appliquée par le passé sans succès.

Mais le Congrès n'a pas les moyens de s'opposer concrètement à l'envoi de contingents supplémentaires. Les Etats-Unis comptent actuellement 132.000 militaires en Irak. Depuis l'invasion de mars 2003, plus de 3.000 militaires américains sont morts dans ce pays.

Ted Kennedy, influent sénateur démocrate, a demandé mardi qu'une loi soit votée pour qu'à l'avenir l'envoi de troupes supplémentaires reçoive l'accord du Congrès. "Ce que nous disons est que le président, avant d'envoyer des soldats supplémentaires dans une guerre civile, doit venir devant le Congrès et recevoir l'accord pour ce déploiement", a dit M. Kennedy sur la chaîne NBC.

L'opinion publique est également largement opposée à une hausse du nombre de troupes comme en témoignent de récents sondages.

Selon une enquête USA-Today-Gallup publiée mardi, 61% des Américains interrogés y sont opposés et 47% d'entre eux estiment que l'arrivée de ces nouveaux contingents ne permettra pas d'améliorer la situation en Irak.

Un sondage de CBS montre aussi que seuls 18% d'Américains sont favorables à une hausse du nombre de soldats en Irak. En revanche 30% sont pour une baisse, 29% appellent à un retrait pur et simple et 17% veulent que le niveau actuel reste inchangé.

A la veille de la publication de son plan qu'il sait impopulaire, le président, au plus bas dans les sondages pour sa gestion de la guerre en Irak, a entamé une campagne de relations publiques tous azimuts pour recueillir le soutien au moins de sa base républicaine.

Il a ainsi rencontré une trentaine de sénateurs républicains influents pour les convaincre que la violence interconfessionnelle en Irak doit d'abord être combattue avant qu'un processus de stabilisation politique puisse être achevé.

Anticipant les réactions des démocrates, la Maison Blanche a pris les devants dès lundi: "L'opinion publique et le soutien public sont très importants", a indiqué le porte-parole de M. Bush, Tony Snow, en estimant qu'ils n'étaient pas immuables.

Il faut attendre de voir "comment la population va répondre, pas uniquement au discours mais aux éléments contenus dans le plan, au débat politique qui va suivre", a-t-il dit. "Cela va prendre du temps aux gens de réfléchir. Et nous allons passer beaucoup de temps à en parler, parce que c'est important de faire cela".

Après son discours mercredi soir, M. Bush devrait se rendre jeudi sur la base militaire de Fort Benning en Georgie (sud) pour parler de son plan, alors que la secrétaire d'Etat Condoleezza Rice et le secrétaire à la Défense Robert Gates iront le défendre devant le Congrès.
AFP