« C’est un interlocuteur imaginaire, explique Jean-Louis Lerun, pédopsychiatre et rédacteur en chef de la revue Enfance & Psy. Mais contrairement aux personnages imaginaires que certains s’inventent, celui-ci existe réellement. L’enfant peut donc y projeter différentes personnes et ses propres affects. »

Pour les plus petits souvent, il joue un rôle de consolateur et comble en imagination l’absence de la mère. Sa fonction est encore très proche de celle du « doudou », cet objet transitionnel qui permet peu à peu de se détacher de sa mère. Pour les plus grands, il se fait copain et permet « de rejouer et d’interroger les relations amicales qu’il vit à l’école », précise le pédopsychiatre. Ou il devient un plus petit que soi, voire un bébé : « L’enfant passe alors de son rôle passif – j’obéis, j’écoute, j’apprends – à celui, actif, de l’adulte. » Ce qui est un formidable moyen de mieux comprendre, en les interprétant, les comportements des grands.

Dans tous les cas, « quand l’enfant parle à ce compagnon, c’est d’abord à une extension de lui-même qu’il s’adresse », affirme Jean-Louis Lerun. Un confident idéal ? « Oui, répond-il, puisqu’il n’a pas de réaction autre que celle que l’enfant veut bien lui donner. Cela lui permet une maîtrise totale de ce qui est dit et entendu. Et d’assouvir son besoin de partager, de ne pas taire ce qui le préoccupe, tout en faisant l’apprentissage de l’intimité ».

Le problème, c’est lorsque ces confidences viennent totalement remplacer le dialogue avec les parents. Pour le pédopsychiatre, « il faut alors s’interroger sur les raisons de ce comportement : pourquoi ne va-t-il plus vers sa mère ou son père pour parler de lui ? En général, l’enfant exprime là une agressivité : “Je te prive ainsi de ce dialogue qui nous rapprocherait” ».

Parfois, ce peut être une façon d’imposer une distance qui vient à manquer entre lui et son parent. D’après Jean-Louis Lerun, « c’est ce qui arrive quand les parents sont trop intrusifs ou qu’ils ont tendance à se confier excessivement à leur enfant ». C’est-à-dire à prendre celui-ci pour la poupée de leur enfance, celle qui pouvait tout entendre, tout comprendre…
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