Jacques Salomé Il est psychosociologue, auteur de nombreux ouvrages dont “Le Courage d’être soi” et “Jamais seuls ensemble” (Editions de l'Homme).

 		Pourquoi ce désir de vivre à deux ?

Cette envie surgit rarement chez les deux personnes à la fois, mais plutôt chez l'une ou chez l'autre. Et dans la très grande majorité des cas, elle naît chez les femmes. Elle traduit un besoin de s'inscrire dans l'avenir, de ne pas rester dans l'instant présent. Et c'est vrai que le propre de la femme réside dans cet instinct de conservation de la vie.

S'installer ensemble, se marier, se pacser ou vivre en union libre, répond aussi à une envie d'institutionnalisation de la relation. Ce trait d'union officiel constitue une forme de protection inconsciente contre le surgissement de l'irrationnel, celui qui fait que l'amour soudain peut se déliter et le couple se fragmenter.

Car des forces irrationnelles président à la naissance d'un couple : des forces de cohésion, de rapprochement mais aussi des forces de dispersion, d'éclatement, d'individuation. Toute la difficulté de la mise en couple réside dans l'équilibre de ces forces. Le simple fait de passer de la rencontre amoureuse, où le plaisir d'être ensemble et les projets à court terme suffisent, à l'installation à deux sous un même toit, bouscule déjà les forces mises en œuvre. c'est pour cela qu'il existe, à mon sens, quatre conditions distinctes à respecter, avant d'envisager une vie commune.

 		Quelles sont ces conditions ?

Se délier pour pouvoir s'allier constitue la première de ces conditions. Il me semble essentiel d'avoir effectué un sevrage relationnel afin de pouvoir s'engager authentiquement avec l'autre. Nombreux sont celles et ceux qui demeurent, parfois au plus profond de leur inconscient, prisonniers d'une relation, avec un père, une mère, un amant, une maîtresse... Ils le nient la plupart du temps, mais le partenaire le sent. Et l'union amoureuse en souffre.

La deuxième condition, c'est la capacité de chacun à s'engager. Il est souvent intéressant de se souvenir de qui a fait la demande à l'autre. Dans 60 % des cas, un seul des deux partenaires a proposé à l'autre de vivre ensemble, ce dernier acquiesçant parfois par un “Si tu veux”. Ce qui signifie que l'un entre dans la demande de l'autre.

Se poser cette question, c'est une façon de sonder son désir de partager sa vie avec l'autre, mais aussi de partager la vie de l'autre. Et d'une certaine manière, c'est déjà tenter d'équilibrer les forces en jeu. Il est donc important de comprendre ce que l'on souhaite, ce à quoi l'on aspire afin de ne pas uniquement se conformer au désir de l'autre. Sinon, c'est déjà s'engager dans un mauvais schéma conjugal, en laissant toute latitude à l'autre pour prendre les décisions. Chaque conjoint doit structurer son désir, être au clair avec ce qu'il ressent.

 		Ce sont les deux premières conditions, quelles sont les deux dernières ?

Respecter la troisième condition, c'est être capable d'offrir un projet de vie à celui ou celle que l'on aime. C'est un beau moyen de se projeter à deux dans l'avenir, mais aussi introduire la dimension du rêve au sein du couple. Ce projet peut être une maison quelque part, un voyage, un pays dans lequel s'installer, une grange à retaper... Le projet n'est pas l'autre mais ce que l'on va faire avec lui. C'est donner ainsi des racines à une relation.

Enfin, dernière condition, se sentir capable de gérer le “demander”, le “donner”, le “refuser” et le “recevoir”. Il est indispensable d'apprendre à discerner et équilibrer ces quatre pôles. Ils doivent tous exister, de manière égale. Celui ou celle qui restera constamment dans la demande par exemple menace l'existence du couple, tout comme celui qui donne constamment sans se soucier de recevoir également, pèsera dangereusement sur l'équilibre de cette vie à deux. Seule la co-existence harmonieuse de ces quatre pôles permet d'inscrire le couple dans la durée.


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