« En réalité, le fumeur est coincé entre deux peurs mortelles : celle du cancer et celle d’arrêter de fumer, analyse le professeur Robert Molimard, fondateur de la Société de tabacologie (lire plus bas). La seconde, immédiate et tangible, est bien plus puissante que la première. Le fumeur ressent sa cigarette comme vitale. Il prend le mot “arrêt” comme une sentence, un “arrêt de mort”. Arrêter, c’est risquer de perdre une identité construite à grand-peine. »

Rationnellement, le fumeur se persuade qu’il lui faudra bien sauter le pas, mais il le fait sur un mode négatif : « Je ne dois pas fumer pour ne pas développer de terribles maladies. » Or il existe une tout autre façon d’aborder la question, positive, dynamique et, surtout, plus efficace : « En arrêtant, on se fait du bien sur un plan très intime car on améliore le mode de communication avec soi-même. C’est un énorme cadeau ! » explique le coach Chaby Langlois, fondateur de la méthode No Smoking (2).

Quel que soit le type de sevrage envisagé, rares sont les spécialistes ayant compris l’importance du travail sur la personnalité du fumeur. Les chercheurs commencent tout juste à se pencher sur la question. C’est le cas du Britannique Robert West, professeur de psychologie au University College of London (3). Selon lui, ceux qui réussissent leur sevrage à long terme se décrivent dès les premiers jours comme « non fumeurs », quand les autres disent qu’ils sont « en train d’arrêter ». « Les premiers quittent la cigarette comme on devient végétarien, parce que cela correspond à ce qu’ils sont déjà devenus », décrypte le psychologue.

Comment opérer un tel changement ? Robert Molimard souligne que l’on ne deviendra jamais non-fumeur mais ex-fumeur. Et c’est tant mieux : « Vouloir se passer de l’expérience de la cigarette serait comme détruire des archives ! » Il ne s’agit pas de se renier mais de réorganiser les éléments qui composent son identité : « Un lent travail de déconstruction-reconstruction, où l’on utilise tout ce que l’on a démonté. »

Peu à peu, l’ex-fumeur va prendre plaisir à habiter ces espaces autrefois parasités par le tabac. « Les stagiaires me demandent souvent ce qu’ils vont mettre à la place de la cigarette. Je leur réponds : “Un peu plus de vous” », sourit Chaby Langlois. Un travail intérieur indispensable, qui figure rarement dans les conseils adressés aux fumeurs. Pourtant, il mène avant tout à davantage de liberté. Au-dehors comme au-dedans.