Dans un night-club de la capitale, aux alentours de 22 h. Un groupe arrive. Dans la bande, il y a plus de filles que de garçons. A première vue, rien que des enfants de « bonne famille ». Le rituel d’usage : le groupe s’installe, le serveur s’approche. Hésitations. Puis un garçon tranche : ce sera du whisky-coca pour tout le monde. Soulagement pour les filles, car, aucune ne proteste. Tout juste certaines changent et préfèrent-elles « d’abord » une bière.

Au cours de la discussion, le garçon qui a passé les commandes s’explique : « Je connais les filles. Si je n’avais pas parlé le premier, certaines auraient demandé un « Fanta » et se seraient ennuyées toute la soirée ou auraient demandé à rentrer au bout d’une heure. Elles sont nombreuses à boire à l’occasion des sorties. Mais, ne feront jamais le premier pas ou se feront toujours prier ».

Une des filles de la bande ajoute : « En fait, ça permet de détendre l’atmosphère et de bien se sentir. Quand on est timide, la bière aide à effacer les complexes. Mes parents ne savent pas, car je n’ai jamais été saoule. Je fais attention. J’ai eu des vertiges au début, mais rien d’autre ».

Sur ce plan le constat est alarmant. Selon un autre serveur qui ne veut voir ni son nom ni celui de son établissement, « c’est dû à la télé. Dans les autres pays, même africains, on voit que les virées nocturnes donnent lieu à des beuveries. Par suivisme et pour montrer qu’elles sont à la page, nos sœurs suivent le tempo. Au départ, l’alcool et la cigarette chez une fille signifiaient qu’elle était une prostituée. De nos jours, ce n’est plus un critère d’évaluation. Je pense que la meilleure façon de combattre ce mal rampant, c’est d’arrêter de diaboliser l’alcool. C’est vrai que c’est mauvais. Mais, c’est connu, les jeunes ne veulent que ce que les mœurs leur interdisent. A la limite que l’on mette l’accent sur l’aspect santé publique plutôt que religieux ».

Trucs et astuces

(JPEG) Quant aux filles, celles que nous avons rencontrées se disent musulmanes, certaines font régulièrement leurs prières. Elles ont été entraînées dans l’univers de l’alcool par des copains ou des copines.

« Nous étions un bon groupe. L’année dernière à un anniversaire, les garçons ont mis du whisky dans du coca. Nous avons goutté par curiosité. Au début, ce n’est pas agréable, mais la sensation de bien-être est presque instantanée. Ma religion est contre, mais je n’abuse jamais. Je ne me considère même pas comme une buveuse, puisqu’en dehors des sorties je n’y pense même pas ».

« Le snobisme est pour beaucoup dedans, affirme un jeune. Les filles veulent montrer qu’elles sont « in », alors elles n’ont plus de limite. Je ne me souviens pas être sorti depuis un an ou avoir rencontré en cet espace en une année plus de dix filles encore sages par rapport à l’alcool. D’ailleurs, celles qui n’y touchent pas évoquent des difficultés à le supporter plutôt que la religion ».

En entendant qu’une politique adéquate de communication soit promue sur la question, l’alcool mine de plus en plus les jeunes Maliens, des jeunes que les parents sont à mille lieues de soupçonner s’adonner à l’alcool.

« Le premier signe, c’est les bonbons. Tous les garçons connaissent ce tuyau maintenant. Quand on sort, il faut demander à la fille des bonbons. Si elle en a dans son sac, c’est qu’elle s’est préparée pour. Le bonbon fait disparaître l’odeur. Mais, après, il faut tout faire pour savoir la direction du vent quand on doit s’approcher des parents, car ça sent même par les pores. Mais, au Mali encore, il y a des pères qui ne connaissent même pas l’odeur de la bière. Des papas ringards ».

Alexis Kalambry